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On me demande pour passer Compagnon de parler de "l'homme est l'image immortelle de Dieu mais qui pourra la reconnaître s'il la défigure lui-même ?". Je ne sais pas si Dieu a fait des polaroids de nous pour comparer avant et après ce qu'on est devenu mais qu est-ce que je peux dire ?

June 18, 2019

Je subodore que votre V.M. ou/et votre Surveillant n'apprécient pas votre humour et qu'ils espèrent, par ce travail, vous faire prendre le rite et le travail symbolique avec davantage d'intérêt voire de sérieux. Cette maxime est de loin la plus intéressante du rite Rectifié car elle affirme d'emblée le caractère religieux de cette forme de travail maçonnique. "L'homme est l'image immortelle de Dieu", voilà qui peut faire peur car ceci implique par contre coup que Dieu soit à l'image de l'homme. Vu l'état d'imperfection des hommes, le niveau de leur inconscience devant la mort, leur non désir d'entrer dans la vie véritable qui implique trop de sacrifices ou de renoncements, leur entêtement à privilégier leurs illusions et leurs passions, il ne serait pas étonnant, pourquoi pas, que ce dieu puisse faire des polaroids, vu que ce ne serait pas un Dieu digne de ce nom.

 

Ici se pose la problématique de cette relation de l'homme avec le divin. Pour des Pères de l'Eglise, l'homme ne pouvait en aucun cas devenir l'image de Dieu puisqu'il n'est pas le Créateur mais seulement la créature. Et encore une créature grandement fautive ayant rejeté son géniteur primordial. Seul Jésus-Christ, qui est Dieu, peut se voir considéré à l'image du Père. L'homme, pour sa part, ne pouvant, au mieux, que se voir comparé à l'image de Jésus-Dieu devenu Fils de l'Homme. Mais là surgit la problématique de la nature des êtres et de leur durée. Jésus-Christ est Verbe ou Logos, essence divine infinie, quand l'homme ordinaire n'est que chair corruptible, concupiscente et vouée à la pourriture, conséquence du passage par la mort qui marque la fin de l'existence terrestre.

 

Pourquoi le rite vous soumet-il cette maxime ?

 

Il n'est pas question de vous faire devenir l'égal ou semblable à Dieu. Cela pourra probablement vous rassurer voire vous inquiéter car une majorité d'hommes se considèrent comme n'ayant pas besoin de dieu. Si vous n'en voulez pas, et c'est votre droit le plus strict, laissez la divinité de côté. Il y eut même le refus ou rejet de Dieu. C'est ce que représente l'allégorie de la Tour de Babel où les hommes voulurent monter dans le ciel pour trouver puis tuer Dieu. Phaleg est dans cette perspective infiniment plus ténébreux que Tubalcain qui ne fauta en rien personnellement, n'ayant à subir que les conséquences de la faute commise par son lointain aïeul, Cain.

 

Que vous demande-t-on d'accomplir comme travail en tant qu'Apprenti ?

 

Celui de battre votre pierre avec le seul maillet. Vous n'avez pas de ciseau donc vous voici dans l'incapacité de tailler cette pierre. Donc pas question de préparer une pierre dans la perspective de l'insérer dans le mur du temple de Salomon. D'ailleurs, au Rectifié, Salomon ne présente pas d'intérêt spécial : il n'est jamais question de la chaire du roi Salomon au RER. Normal puisque le Rectifié est un rite moderne donc Johannite, ce qui se concrétise par la présence de l'évangile de Jean ouvert au Prologue. Vous voici donc équipé de la perpendiculaire et du maillet avec une obligation : l'astreinte au silence pour la durée de ce temps d'apprentissage supposé.

 

Que pouvez-vous faire avec ce maillet ? Frapper sur la pierre. C'est ce que l'on, vous a montré dans le cours de la cérémonie de votre réception dans l'Ordre en vous faisant battre ce maillet sur la pierre brute dessinée sur le tableau de loge. Pourquoi frappe-t-on sa pierre ? Pour parvenir au coeur, au noyau, à ce qui s'y trouve caché. Et qu'est-ce qui s'y cache ? Celui que vous êtes véritablement. Celui que vous imaginez être est une sorte de comédien qui joue un rôle, un personnage qui lui plaît plus ou moins selon les moments ou les circonstances. Je vois votre réaction : "je suis ce que je veux et je fais ce qui me convient. Je ne suis pas un comédien.". En êtes-vous si sûr ? Essayez de devenir sincère un moment. Ceci ne vous concerne pas seulement, nous sommes tous, tous les maçons du monde, dans la même situation. Il nous faut remonter le temps - vous devez savoir que dans l'initiation, tout s'opère a contrario. Nous ne sommes jamais celui que nous imaginons être mais seulement celui que les autres ont voulu que l'on soit. Nous avons subi l'éducation familiale (parents, grands parents, oncles, etc.), l'éducation religieuse, une éducation scolaire puis sportive, une formation associative puis professionnelle et enfin maçonnique laquelle s'inscrit dans le groupe des contraintes puisque vous ne pouvez pas la refuser : essayez dire à votre VM ou Surveillant : " ta planche tu peux la mettre à la poubelle, je ne la ferai pas.". Dans cette accumulation de ce que tous les autres ont voulu que vous soyez, que vous fassiez, que vous disiez, qui êtes-vous ? Assurément pas celui que je vois devant moi oui à qui je réponds. En vous donnant la perpendiculaire, on veut que vous redescendiez dans le temps, que vous vous découvriez, que ce travail symbolique, mais le symbole correspond toujours au Réel, vous fasse accéder à votre réalité. Le Rectifié, un peu par provocation dans certains cas, vous indique que vous êtes l'image immortelle, c'est-à-dire primordiale de Dieu, que vous étiez essence de Dieu donc semblable à Dieu mais parce que l'homme accumule les erreurs et les illusions, se croyant toujours supérieur à ce qu'il est vraiment, il se sépara de Dieu. Ne pouvant demeurer essence à l'instar de celle de Dieu, il chuta dans la matière, il prit la forme du corps de chair qui nous sert d'enveloppe corporelle avec une échéance : celle de sa mort, l'illusion de la vie nous étant accordée pour un temps limité. Et pourquoi cela ? Parce que nous avons quelque chose à accomplir, parce que notre objectif n'est pas de nous préparer pour demain mais de revenir à hier, en ce temps où le temps n'existait pas ni le changement de formes ou de matières. La Maçonnerie ne vous impose rien, vous restez libre d'accepter de faire ou de refuser d'accomplir ce qu'Elle espère pour vous : vous éveiller, vous faire vous intéresser aux réalités supérieures, étapes liminaires à l'entrée dans une initiation. Vous avez bénéficié d'une chance extraordinaire : quelque chose en vous vous a poussé à vous intéresser à la Maçonnerie et à vouloir y entrer. Ce quelque chose vous indique la direction de votre travail. Cette inspiration, ce besoin, cette pulsion, a mis en branle un processus. Il vous appartient maintenant d'agir, de réfléchir, de penser en état de conscience. Cela vous fera découvrir les hommes, la société et le monde dans une perspective différente. En êtes-vous capable ? Oui, assurément même si vous ne vous estimez pas encore à votre juste mesure. Et si vous faiblissez ? Tout le monde faiblit à un moment de son parcours, doute même.  Il n'y a pas d'avancée sur son chemin sans le doute, sans les épreuves que nous subirons, et en maçonnerie on prend infiniment plus de coups que dans la vie profane, mais si l'on transforme en bonté, en beauté, en compassion tout le mal que l'on reçoit, alors votre vie deviendra magnifique, car il vous sera donné de "connaître", de bénéficier de théophanies si vous progressez en ligne droite sans jamais faiblir ou renoncer, de savoir ce qui n'est pas réservé aux autres hommes. Alors, vous aurez réalisé la totalité de l'initiation en vous. Et ceci ne vous interdit pas de faire des polaroids.

   Réfléchissez à tout cela. Posez-vous les bonnes questions. Mettez en branle votre "moteur", les réponses se présenterons à vous si vous accomplissez véritablement le travail que vous devez réaliser sur vous-même.

 

Christian GUIGUE

www.guigue.info

 

 

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