MANIEMENT DU CHAPEAU ET DE L'EPEE
- 27 déc. 2025
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Dernière mise à jour : 22 févr.
C'est une gestuelle magnifique et impressionnante quand on sait la faire.
Dans quels rites se pratique-t-elle ?
Traditionnellement dans les rites d'origine ou d'inspiration germanique comme le rite de Stricte Observance, le Rite Ecossais Rectifié, le rite Ecossais Primitif, le rite Suédois.
Pourquoi ne le voit-on pratiqué dans ces rites ?
Parce que, en fonction de telle ou telle organisation, nous avons des commissions de révision des rituels qui font le tri dans ce qui leur convient ou pas. Beaucoup de loges ne portent plus le chapeau, certains frères refusant de le faire. Il en va de même pour l'épée. Des maçons de plus en plus nombreux n'ont même plus leur épée personnelle, ils en prennent une qui se trouve à disposition pour les cérémonies de réception si le local s'en trouve pourvu. Il n'y en a plus dans tous les temples parce que cela représente une dépense importante ( 30 épées à 50 € = 1500 euros ) et qu'elles disparaissent les unes après les autres, des frères oubliant de les y laisser. C'est en fait une véritable pagaille avec à termes la disparition des usages spécifiques aux rites. On peut appeler cela un massacre volontaire du rite. Généralement, les mêmes contestataires des pratiques anciennes osent dire qu'ils pratiquent la forme la plus authentique du rite quand en fait d'esprit, nous nous trouvons devant un néant.
Faut-il réinstaurer ces pratiques ? Cela ne fait-il pas vieillot dans le contexte actuel ?
Je ne sais pas à quoi se rapporte votre contexte actuel mais un rite a des caractéristiques qui ne doivent jamais disparaître sous peine de le condamner ou d'en faire une coquille vide. De plus en plus de grades ne se justifient plus vu leur absence de corpus, ils ne sont plus pratiqués dans une majorité de pays dans le monde mais on les maintient en France pour des raisons uniquement financières. On oblige les frères à les prendre et on les y bloque 3 ou 4 ans. Cela présente l'avantage de retarder leur progression dans le rite et de leur faire payer un maximun de cotisations. Au York pratiqué en Allemagne, dans les bases de l'Otan, on payait une seule cotisation très modeste, comparativement à ce qui se fait en France, pour la totalité des side degrees.
Il y a aussi la mauvaise manie qu'ont les français de vouloir modifier les rituels pour les adapter à la mode sociale et politique du moment. Aujourd'hui, en France, on fait du sociétal, donc il n'y a plus de Maçonnerie authentique. Il ne faut plus croire en quoi que ce soit. A partir du moment où vous pouvez payer, vous entrez. Les GL veulent reconstituer leur trésor. Pour les obédiences les plus importantes c'était de 10 à 20 millions de recettes par an. Il faut quand même le savoir. Avec les 70.000 voire davantage encore de démissions, beaucoup de millions d'euros ne sont plus là dans les caisses, c'est insupportable pour certains califes et grands vizirs.
Que peut-on envisager pour ne pas massacrer le travail rituel ?
Il se trouve massacré depuis longtemps sans que les coupables se rendent compte de leurs méfaits et ce pour diverses raisons. Il arrive, pour ceux qui veulent travailler avec d'anciens rituels étrangers, que des chercheurs n'aillent point dans la bonne direction donc ne trouvent point les vrais documents mais tombent sur des textes d'autres systèmes maçonniques concurrents à l'époque. Il y avait des rites qui n'étaient parfois tavaillés que par une seule loge, c'était courant au 18e siècle. Des loges disaient travailler au rite écossais mais, à l'époque, il ne s'agissait nullement de ce que nous connaissons actuellement en rite écossais primitif ou rectifié ou ancien et accepté ou ecossais de stricte observance, il s'agissait simplement de signifier alors qu'elles travaillaient aussi à des hauts grades sans indiquer lesquels.
Si nous nous déplaçons dans les états germaniques, on peut trouver diverses sources. La-bas comme en France, il y avait des loges isolées travaillant des rituels que les autres ne connaissaient pas. Il convient aussi de devoir tenir compte des divers rites en présence qui se faisaient concurrence voire se combattaient ouvertement. Il y avait le rite de Schroeder, ainti hauts grades dans l'esprit de la Maçonnerie écossaise. Celui du Général Major Von Zinnendorf toujours travaillé aujourd'hui par la Grobbe landesloge der freimaurer von Deutchland, obédience régulière. N'oublions pas les Illuminés de Bavière dirigés par Weischaupt qui furent les grands vainqueurs du Convent de Wilhelmsbad en 1782. A côté de ces trois grands corps, comparativement aux loges isolées et indépendantes qui avaient leurs rituels, il y avait la Stricte Observance dite templière. Ces structures firent évoluer leur rite donc les rituels. La pratique du Maitre des Cérémonies d'allumer toutes les lumières disparut rapidement de France, ce qui fut suivi partout donc aussi dans les petits et grands états germaniques. il n'y a donc plus de raison de continuer cet usage. Je cite cet exemple pour montrer que rien n'est facile dans les choix à faire. Le rite Ecossais Rectifié a tourné la page de ses origines, aucun rituel ancien validé au Convent des Gaules de 1778 se trouve travaillé depuis des dizaines d'années, ils furent remplacés par les versions tardives du 19e siècle avec les erreurs graves introduites par Ab Eremo. Les fondateurs se trouveraient fort étonnés de ce qu'ils verraient aujourdhui dans des tenues au Rectifié avec toutes les modifications apportées par un certain Willermoz, aggravées par celles qu'apportent encore les Commissions de révision des rituels où siègent d'aimables plaisantins plus préoccupés d'encaisser leurs indemnités que de se soucier de la pureté du rite.
Que faire si l'ont veut réinstaurer la pratique du maniement du chapeau et de l'épée ?
Il convient de commencer par bénéficier de l'autorisation de le faire si l'on est dans une obédience. Indépendamment de cela, il existe une problème : celui de l'équipement. Tous les frères doivent posséder le même équipement : épée, ceinturon, tricorne. Il doit régner une harmonie, une esthétique, un rythme. La gestuelle, dans une organisation comme la Stricte Observance, doit être militaire avec la même précision. Les Germaniques claquaient les talons, il faut continuer à le faire. On répond aux commandements du Vénérable Maitre, maître de loge. Chacun ne fait ce qu'il veut à la sauvette, furtivement, dans son coin comme on le voit aujourd'hui avec le signe d'ordre. Non : on doit attendre que le VM mette la main sous la gorge ; lui-même vérifie que tous font comme lui, alors il fait le geste, suivi par tous, claquant fortement la main bien à plat sur la cuisse, ce qui doit faire un grand bruit. Quand le maniement de l'épée est bien fait : les visiteurs font woavvv. Et quand c'est vous qui pratiquez la gestuelle étant visiteur dans une loge étrangère, ce sont les autres qui font : woavv.
N'oubliez jamais : vous êtes les représentants, les ambassadeurs, de votre rite à l'extérieur. Vous ne devez jamais faire autre chose que ce qui correspond à votre pratique rituelle. Vous devez faire honneur à votre tablier qui n'est pas celui du Français ou REAA ou Emulation ou autre. Pourquoi voudriez vous faire un signe d'ordre, une acclamation voire une batterie qui n'existent pas chez vous ? Pour ne pas vous différencier des autres ? Pourtant vous le faites déjà avec votre habillement rituel.

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