TUBALCAIN au RER.

Le problème des rituels maçonniques réside dans le fait qu'il a fallu trouver des légendes qui puissent servir de corpus aux degrés ainsi que des éléments de reconnaissances qui puissent s'échanger pour se faire accepter et reconnaître des ss et des ff des autres rites. Les rédacteurs pour se distinguer des concurrents puisaient souvent à d'autres sources, ce qui permit le création d'environ 180 grades différents aux 18 et 19e siècles dont presque tous disparurent. Le rite de Perfection lui-même s'évanouit n'étant pas une réussite. Le REAA n'existait pas encore au 18e siècle, il faudra attendre le second empire pour le voir prendre sa structure actuelle avec les deux tiers des grades non pratiqués. Que valent les légendes des degrés fantômes quand déjà certains de ceux qui restent manquent d'intérêt ? Par exemple, pourquoi essayer de justifier la présence de Phaleg avec Sem, Cham et Japhet quand ces trois personnages ne figurent pas dans le RER au contraire d'autres systèmes à caractère ancien ?


Et Tubalcain ?


Tout naturellement Tubalcain s'imposa pour le premier grade du RER comme pour les autres rites. Puisque au 3e degré, nous allons découvrir le fondeur des colonnes du temple pour copier les temples égyptiens, il fallait bien amorcer la démarche avec un autre travailleur de la forge, Tubalcain, qui travaille les métaux. Les forgerons se voyaient craints dans la société par cette capacité de transformation en utilisant le feu, on leur attribuait des pouvoirs magiques, seul Dieu pouvant créer. Or les forgerons créent aussi des armes, des cages pour emprisonner, etc. Le travail manuel s'imposait d'autant plus que l'on évoluait dans un rite à caractère opératif. Ici le rite Français présente une anomalie : il travaille avec l'évangile ouvert au Prologue de l'évangile de saint Jean, donc en moderne, quand le caractère opératif ( présence du trépied avec la louve, etc.) relève des Anciens, donc normalement de l'ancien testament. Ce devrait être comme cela mais pour des raisons souvent politiques de rivalité, de concurrence, d'opposition ou séparation, il en alla souvent autrement dans l'utilisation de tel ou tel testament.


Le RER d'origine adopta naturellement Tubalcain. Ce que l'on vous passe toujours sous silence concerne les agissements, les revirements, les inconstances de Willermoz, au point que les fondateurs d'Auvergne et Bourgogne ne voulurent plus entendre parler de lui. Ils firent sécession et ne lui obéirent plus. Au convent de Wilhelmsbad en 1782, il n'y avait pratiquement que les strasbourgeois de Turckheim, personne de chez les fondateurs, personne des opposants sinon ennemis des autres systèmes. En outre ce qui se passe dans ces pays dits germaniques reste une aimable fumisterie, Willermoz exigea des participants qu'ils signassent des documents quasiment en blanc, ce que refusa Louis de Beyerlé, Préfet de Nancy. Quant à l'importance des Français à ce convent elle reste nulle. Pourquoi cela ? Les germaniques se livraient une guerre d'influence terrible : les Illuminés de Bavière de Weishaupt en seront les grands vainqueurs ; ils triomphent de leurs adversaires, Zinnendorf et la Stricte Observance, dont c'est la mort. Les français ? Ils n'en avaient que faire vu leur problématique autrement plus sérieuse à régler. La Stricte Observance n'avait accepté les Français que parce qu'elle comptait leur soutirer de l'argent. Elle le faisait déjà dans les divers états et ceci permit à quelques dignitaires d'en vivre, c'était le but initial. L'alibi de recréation des provinces selon un soit-disant organigramme templier ne reposait sur rien vu que de nombreuses provinces se trouvaient l'influence des Chevaliers de Sainte Marie de Jérusalem aussi appelés les Teutoniques au manteau blanc orné de la croix de sable (noire) ; templier cela restait autrement plus vendeur : les Italiens, les Français et d'autres n'auraient jamais été intéressés par une aventure teutonique.


Revenons aux Français, il n'y a quasiment qu'une seule loge présente à ce convent. Une loge ne représente en rien une autorité nationale. Willermoz rejeté veut se venger des frères. Que fait-il ? Il modifie, de sa seule initiative, le Code Maçonnique validé en 1778 au Convent de Lyon. Que fait-il ? Il décide qu'être Maître Ecossais de St André ne suffit plus pour être vénérable d'une loge, il faut désormais être CBCS. Pourquoi cela ? Parce que seuls quelques CBCS lui restent encore fidèles et aussi les Strasbourgeois. C'est cela le vrai Willermoz qui, en réalité, n'était ni un saint, ni un sage, ni un mystique ni un martiniste vu que cela n'existait pas à l'époque et que Louis-Claude aurait défendu à quiconque même de fonder un mouvement pour le suivre. On retrouve en Ab Eremo le prototype humain du style " faites ce que je vous dis mais pas ce que je fais" ! Ce n'était pas un "tendre" l'Ab Eremo, loin de là ! Il avait même réussi l'exploit de sa fâcher avec ses deux frères de sang : Antoine et Jacques. Antoine, vénérable à Lyon, fit même venir le grand Cagliostro, en visiteur dans sa loge. Willermoz en fut vert de rage de voir son territoire envahi par un concurrent aussi dangereux car très en cour ! Quand Beyerlé écrivit un petit livre pour avertir les ff du vrai caractère de Willermoz, celui-ci prévenu fit immédiatement saisir le livre. Le Prince de Hesse-Cassel reconnaissait qu'il était un tyran ayant de la vertu. "Avoir de la vertu" à l'époque, c'était aller à l'église et la servir. Etre un tyran on voit le personnage, cela n'a guère changé en maçonnerie, de nos jours, on en rencontre beaucoup et partout surtout en France !


Les rituels, à supposer qu'ils fussent parfaits sinon au moins cohérents, si l'on ne s'intéresse pas à la vie des personnages, au contexte du temps, à leurs ambitions, à leurs contradictions au regard des valeurs maçonniques, ne vous apprennent rien d'intéressant mais vérifier reste un travail colossal. Lorsque j'aborde ces sujets lors de mes conférences, cela passionne les frères, je leur fais découvrir des éléments dont personne ne parle. Dés lors que l'on sait ce qui se tramait alors, beaucoup de choses prennent un aspect bien ténébreux. Le RER est un rite totalement déséquilibré ayant perdu toute cohérence du fait du seul Willermoz. Pour revenir à l'origine, il y a la solution, celle des rituels de Lyon ou éliminer toutes les modifications apportées par Willermoz, ce qui reviendrait au même ! Une loge de mon secteur vient de se constituer, elle travaille avec les rituels de Lyon, il y avait une centaine de visiteurs inscrits pour assister à l'allumage de ses feux ! C'est dire si cela intéressait nos ff du RER de voir une autre pratique.

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